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Publié par François Degans

Face aux politiques actuelles de rigueur dans le cadre d’un monde libre échangiste et mondialisé existe une alternative : pour lutter contre le chômage, la misère et l’instabilité économique, deux voies de politique économique peuvent converger, la voie macroéconomique keynésienne et la voie microéconomique néoclassique

La revue Nature du mois d’août 2012 publie une étude très impressionnante. Réalisée par une équipe pluridisciplinaire et internationale d’une vingtaine de chercheurs, elle annonce que nous approchons à grands pas, d’un effondrement imminent et irréversible des écosystèmes dont dépendent les civilisations humaines. « S’ils s’effondrent, notre destin est plus qu’incertain. Parmi les chercheurs, certains avouent être terrifiés par leurs conclusions ».

Recherche de la croissance économique dans le cadre

du libre échange et ses conséquences néfastes

Or jusqu’à présent, pour la plupart des média et des hommes politiques, c’est la croissance économique ou plutôt la recherche de cette croissance qui continue à alimenter les espoirs ; mais, d’un autre côté, pour d’autres, cette même croissance explique les risques d’effondrement de nos écosystèmes. Ces derniers auraient donc pu penser : « Moins de croissance, tant mieux ! ». Heureuse surprise apparente pour ceux qui s’occupent d’écologie, c’est-à-dire pour ceux qui, hier encore, croyaient que moins de croissance signifierait automatiquement, moins de problèmes écologiques. Hé bien, non ! Même pas : la croissance a disparu, mais ce qui était attribué à cette croissance n’a pas disparu pour autant.

Peut-être les écologistes, comme les autres, se sont-ils laissés tromper ? Ce qu’il y a d’important, de déterminant et de dangereux, ce n’est pas la réalité de la croissance économique elle-même, mais c’est plutôt sa recherche, l’intensité de cette recherche, à savoir, la volonté d’instaurer ce qui lui est nécessaire, la volonté d’instaurer l’ensemble des cadres et des structures nécessaires à cette volonté de croissance

Une question se pose alors : À quoi bon n’avoir qu’une croissance faible, si l’important ce sont les structures destinées à réaliser cette croissance et si ces structures sont maintenues ?

Et quelles sont ces structures ? N’est-ce pas en fait, l’importance de la division du travail, l’importance du libre échange et de la mondialisation ?

L’impression que donne la lecture de la presse est bien déprimante. Si l’on passe en revue rapidement les politiques actuelles, les plus répandues semblent être celles qui affichent la volonté de rechercher une croissance économique, certes illusoire, mais forte officiellement.

Pourquoi illusoire ? Parce que, dans le cadre accepté du libre échange mondialisé, on sait que la recherche d’une croissance économique la plus forte possible ne peut passer que par la recherche d’une compétitivité la plus forte possible pour le pays considéré. Or cette recherche de la plus forte compétitivité du pays exige en même temps la baisse la plus forte possible des coûts et donc des revenus, et donc du pouvoir d’achat.

C’est ce que l’on a appelé la politique de « désinflation compétitive » qui est devenue la règle générale en Europe et qui, au nom de la rigueur, a débouché sur la réalité généralisée de la misère, des inégalités, de la précarité, connue particulièrement en Grèce et en Espagne.

Autrement dit, on sait que rechercher la croissance économique la plus forte, dans un cadre de libre échange mondialisé, exige de réduire ce qui est le fondement de la demande nationale, le pouvoir d’achat provenant des revenus, provenant des dépenses sociales. On pourrait dire simplement que c’est le serpent qui se mord la queue. L’absurdité de cette politique n’est pas à démontrer, l’état des pays européens est largement convaincant à ce propos. Peut-on encore aller plus loin dans l’anéantissement de la Grèce et de l’Espagne et bientôt de la France ? Jusqu’à quand ces pays peuvent-ils supporter un taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans allant de 43 à 45 %, c’est-à-dire presque la moitié d’une génération ?

Ainsi, dans ces économies libres échangistes mondialisées, rechercher la croissance implique de vouloir la rigueur ; rigueur de droite, rigueur de gauche, les différences sont dérisoires. Cet examen n’est évidemment pas rassurant pour l’avenir : à première vue, on a l’impression d’être condamné aux deux politiques de rigueur de droite et de gauche dont on a vu les résultats en Europe depuis quelques années.

Quelle alternative à l’échec des politiques libres échangistes ?

La voie tracée par J.M. Keynes

C’est pour cela que, malgré l’incertitude des liens établis entre les actions humaines et notre avenir, il est devenu plus que nécessaire, il est devenu urgent de scruter les voies qui permettraient d’imaginer une société agréable et humaine, mais qui ne chercheraient pas à échapper aux problèmes par une croissance économique forte.

Les politiques qui sembleraient différentes a priori, les politiques de refus simple de la croissance ne paraissent pas en réalité se distinguer des résultats de ces politiques de rigueur. Quelle est la différence entre d’une part, une politique de non croissance qui ne refusant pas la mondialisation et le libre échange, aboutit à une rigueur de fait, et d’autre part, une politique de rigueur volontaire aboutissant à une non croissance.

Mais, y a-t-il eu dans tous ces raisonnements des éléments qui n’ont pas encore été pris en compte ? Vers quoi peut-on espérer devoir se tourner ?

En effet, un élément semble avoir échappé à tous ces raisonneurs, c’est la volonté ou l’absence de volonté de construire une économie en circuit protégé.

Et c’est sans doute cette volonté ou son absence qui fait la différence, en tout cas qui peut la faire. À une condition : pour que cette volonté de construire une économie en circuit protégé permette de changer les choses, il faut qu’il s’agisse d’une conception complète d’une économie en circuit protégé. Vouloir une telle économie suppose donc de vouloir en même temps créer un État ou un gouvernement capable de créer et d’agir sur sa monnaie nationale, de la faire circuler, de faire circuler le pouvoir d’achat qu’elle peut représenter et de contrôler étroitement les mouvements de capitaux qui en résultent.

On a compris que ces propositions s’inspirent directement des analyses faites par J.M. Keynes. Or il a souvent été suggéré que les analyses keynésiennes étaient en opposition avec les analyses et propositions des économistes précédents. Cette idée est à la fois parfaitement vraie et parfaitement fausse.

Pour aller plus loin, pour trouver la deuxième voie, il faut mettre fin à la

controverse entre Keynes et les néoclassiques

En réalité, cette idée, qu’il y aurait une opposition entre la pensée keynésienne et la pensée néoclassique, provient d’une connaissance incomplète ou d’une méconnaissance de la pensée économique.

S’il y a une opposition véritable entre deux pensées, cette opposition ne se trouve pas entre la pensée keynésienne et celle des néoclassiques, comme Walras et Marshall, mais plutôt dans une opposition interne à la pensée de ce que l’on appelle les « néoclassiques ». Expliquons-nous : il s’agit d’une opposition entre d’une part, les premiers néoclassiques comme Léon Walras et Alfred Marshall et d’autre part, des auteurs comme Frédéric Hayek, Ludwig Von Mises ou Joseph Schumpeter.

S’il y a eu une confusion entre ces deux catégories d’auteurs, elle a évidemment une raison. Cette raison se trouve dans la communauté de méthode initiale ; ces deux catégories d’auteurs dits « néoclassiques » ont fait la critique d’un des aspects de la théorie économique des « classiques ». Les deux, en effet, ont refusé au début, ce qui était appelé la théorie de la valeur travail, commune à Ricardo et à Marx. De même, Léon Walras et Alfred Marshall comme Hayek et Von Mises ont mis au premier plan de leur réflexion le rôle des individus et de leur comportement. Hayek et Von Mises ont voulu aller plus loin et montrer que, dans une société, la seule valeur qui compte est celle des individus.

Parallèlement, de leur côté, ces premiers économistes néoclassiques comme Alfred Marshall et Léon Walras avaient pris conscience, à la suite de la critique marxiste, de la nécessité de montrer que les petites unités n’étaient pas condamnées, les petites entreprises non plus, et qu’une véritable liberté était donc possible. C’est l’objet de la théorie des équilibres d’un marché de concurrence pure et parfaite, c’est-à-dire d’un marché ayant lieu entre entreprises suffisamment petites pour ne jamais pouvoir agir ni sur les quantités ni sur les prix. Cette concurrence pure et parfaite pour exister et se maintenir, dépend de l’existence d’un ensemble de conditions.

Ainsi, selon certains auteurs, comme par exemple William Jaffé[1], Léon Walras ne prétendait pas décrire la réalité, même si elle était modélisée, mais prétendait énoncer à quelles il serait possible de maintenir une économie de liberté, c’est-à-dire une économie dans laquelle des mécanismes automatiques empêcheraient les plus gros de faire disparaître les plus petits, alors que Marx voyait cette victoire des plus gros comme inéluctable, souhaitable car nécessaire à l’émancipation des travailleurs.

Ces deux conceptions prétendument toutes deux néoclassiques s’opposaient violemment dans la conception de la société désirée. Car, Hayek de son côté, se satisfaisait de l’économie et de la société de la fin du XIXème siècle et du début du XXème : l’économie capitaliste qui deviendra l’économie productiviste, et qui donnera par la suite la mondialisation libre échangiste basée sur la compétition forcenée et inégalitaire des entreprises. Globalement il se satisfaisait donc d’une société dominée par l’économie.

À l’opposé, on voit bien que la vision de la société défendue par Léon Walras et Alfred Marshall était basée sur le refus de cette domination des phénomènes économiques. C’est aussi, l’esprit de J.M. Keynes et cela explique sans doute, le fait qu’il se soit trouvé proche de ces deux auteurs.

Ces deux partisans des économies de marché auraient pu se rapprocher de l’idéal du socialiste français Joseph Proudhon qui rêvait d’une société faite de « personnes libres, actives, raisonneuses, insoumises », car leur défense de la petite entreprise libre rejoignait les efforts de Proudhon pour développer les coopératives, les mutuelles et toute forme d’économies en faveur de l’autogestion.

Il y eut bien une opposition entre la pensée de Keynes et celle de ses prédécesseurs, les premiers néoclassiques comme Léon Walras et Alfred Marshall, mais, cette opposition était une opposition mineure qui ne concernait que la macroéconomie c’est-à-dire, uniquement les conditions de réalisation des équilibres macroéconomiques de plein emploi et ses conséquences.

En revanche, l’opposition entre les deux catégories de ceux qui sont appelés « néoclassiques » (d’un côté, Léon Walras et Alfred Marshall, et de l’autre Frédéric Hayek, Ludwig Von Mises) était d’une tout autre ampleur. C’était toute la vision de la société souhaitée qui était en jeu.

Si nous en revenons à l’analyse macroéconomique et à l’opposition entre celle-ci et les points de vue microéconomiques néoclassiques, on voit que Keynes considère que le simple jeu du marché ne suffit pas, loin de là, à assurer un équilibre de plein emploi. Pour lui, son opposition avec les néoclassiques se limite strictement à une opposition sur les conditions de réalisation de l’équilibre macroéconomique de plein emploi.

Il pense que les États doivent intervenir pour permettre à la demande globale d’atteindre le niveau nécessaire au plein emploi, sans être d’une quelconque façon hostile aux conditions structurelles qui permettent l’établissement des équilibres microéconomiques, sans être hostile aux conditions d’établissement d’une économie de concurrence entre petites unités, entre unités tellement petites qu’elles ne peuvent agir ni sur les quantités, ni sur les prix (économie de « concurrence pure et parfaite »).

Peut-on envisager sérieusement, contrairement à ce que prétendait Marx, que les petites unités économiques puissent résister longtemps à la compétition avec de grosses entreprises, dans une économie qui ne serait pas une économie de circuit régulable et qui donc, serait l’économie productiviste actuelle ?

Cela veut dire d’abord clairement que, d’une part, les objectifs d’un équilibre macroéconomique de plein emploi et, d’autre part, les objectifs d’une économie de petites unités sont pour Keynes, parfaitement compatibles. Non seulement la pensée néoclassique n’est pas opposée à la pensée keynésienne, dès que l’on sort du conflit dû à la macroéconomie, mais bien plus, la macroéconomie keynésienne est nécessaire à la réalisation des équilibres microéconomiques.

Trois conceptions différentes de la société à construire

Les visions souhaitées des sociétés de l’avenir étaient donc au nombre de trois : il y avait d’un côté la vision marxiste qui annonçait la fin du capitalisme en l’appelant de ses vœux ; elle considérait qu’inéluctablement les marchés devaient déboucher sur l’écrasement des petites entreprises par les grosses.

À l’autre extrême, il y avait Hayek qui voyait cette éventualité de disparition des petites entreprises avec une certaine bienveillance. Il se moquait en effet, de la volonté de Léon Walras de rétablir une société économique plus égalitaire grâce aux règles de l’économie de marché de concurrence pure et parfaite. En fait, il acceptait avec complaisance le fonctionnement du capitalisme contemporain qui allait engendrer le productivisme ; il acceptait la compétition entre grandes entreprises et donc la domination de celles-ci sur les plus petites.

Entre les deux et contre les deux, Léon Walras et Alfred Marshall qui, à travers le respect des règles que sont les conditions de la concurrence pure et parfaite, espéraient construire une véritable économie de marché, c’est-à-dire une économie plus égalitaire, une économie de liberté, tout en ayant conscience qu’il ne peut exister de liberté sans un minimum de règles et de contraintes nécessitant une autorité étatique qui ait les moyens de les imposer.

Comment cette coupure, comment cette fracture entre deux représentants de la même tradition intellectuelle économique, a-t-elle été possible ? Car, ces deux catégories de néoclassiques avaient pourtant eu les mêmes points de départ.

Pour le comprendre, il faut remonter à l’origine, c’est-à-dire, à la pensée d’Adam Smith, considérée comme la base théorique de tous ceux qui veulent une économie de liberté ; mais, il nous faut, en même temps, rappeler le contexte intellectuel de l’époque, l’apparition de Karl Marx, et de sa critique de l’économie. C’est en effet, le développement de la pensée marxiste qui poussa à trouver une réponse à la question : Le développement spontané des entreprises naissantes conduit-il automatiquement à la disparition des petites ? Et certains économistes prirent conscience alors, du danger social que pouvaient représenter les inégalités entre grandes entreprises et petites entreprises menacées de disparition.

Ces grandes entreprises en effet, biaisent les marchés et la liberté qui devrait en découler, en leur imposant tantôt leur prix, tantôt leur quantité, et c’était contraire à l’intuition de départ d’Adam Smith. Or la plupart des économistes voulaient essayer de prolonger son œuvre.

Adam Smith avait envisagé le développement de l’économie de marché dans deux directions différentes mais qu’il ne pensait pas opposées. Pour Adam Smith, l’unité de ces deux directions provenait de son idée principale : il suffit que chaque individu recherche rationnellement, égoïstement et librement son intérêt, pour que, par le jeu d’une sorte de main invisible, (qui est en fait celle du marché) cela aboutisse à un optimum collectif que, plus tard, Léon Walras ou Vilfredo Pareto appelleront l’équilibre général et l’optimum général.

C’est donc, ce mécanisme simple qu’essaye de décrire Adam Smith sous deux angles différents. Ces deux angles différents ont débouché sur deux directions différentes :

  • d’un côté, il en a conclu qu’il suffisait en gros, de rechercher l’efficacité économique, pour que, par surcroît, il en résulte automatiquement la liberté.
  • de l’autre côté, il en a conclu qu’il suffisait de rechercher la liberté, pour que par surcroît, on obtienne l’efficacité.

On peut reconnaître, dans cette deuxième formulation, les idées qui seront celles des tenants néoclassiques de la théorie de la concurrence pure et parfaite alors que, on peut reconnaître symétriquement, dans la première formulation, les thèses procapitalistes et proproductivistes que défendront Hayek et Von Mises. Ces deux formulations ont pu d’ailleurs être formulées comme deux injonctions différentes :

  • d’une part, soyez d’abord efficaces et par surcroît, vous obtiendrez la liberté,
  • et d’autre part, recherchez d’abord la liberté et par surcroît, vous obtiendrez l’efficacité.

On voit bien où devaient aller et où donc sont allées les sympathies de J.M. Keynes ! Ce ne pouvait être que vers une économie de liberté, vers une économie de marche de concurrence pure et parfaite, celle de Walras et de Marshall.

Choisir entre les politiques économiques est nécessaire, mais avant de conclure sur les types d’économies les plus souhaitables, il semblerait nécessaire aussi, de partir de la réalité, de partir de quelques exigences des citoyens qu’il serait difficile d’ignorer, c’est-à-dire de partir de la situation actuelle, des problèmes principaux auxquels se heurtent les citoyens et qui les poussent à répondre à la question : De quel type d’économie avons-nous donc besoin ? Quel type de cadre juridique y est le plus approprié ?

Parmi les problèmes majeurs rencontrés actuellement, existent toutes les formes de démantèlement d’entreprises et de sociétés. Cela exige différentes réponses au niveau juridique et économique.

On se trouve devant une situation où certaines grosses entreprises par leur taille arrivent à exercer un quasi diktat sur les décisions prises dans leur branche. C’est d’abord cette réalité qu’il faut mettre en cause.

Car, cette réalité est la négation de la possibilité d’une économie de liberté, d’une économie de marché où chacune des entreprises peut rivaliser avec les autres sans être écrasée.

Oui, une économie de concurrence pure et parfaite peut exister

On sait que Marx considérait que le marché était condamné à terme et s’en félicitait. Il était en effet, un ennemi de cette idée de marché et un partisan d’une économie autoritaire et planifiée. Mais, à l’opposé de la pensée de Marx, apparurent deux auteurs qui furent les inventeurs de ce que l’on appelé la théorie économique néoclassique, basée sur une idée : on peut démontrer qu’il est possible d’instaurer un marché stable et équilibré, à condition de respecter certaines règles ; c’est ce que l’on a appelé les règles de la concurrence pure et parfaite. Les deux auteurs, pères de cette théorie ont été surtout Léon Walras et Alfred Marshall.

L’œuvre de ces deux théoriciens fut complétée par de nombreux autres, en particulier par Vilfredo Pareto qui impulsa le concept d’équilibre général équivalent à un optimum général.

Concrètement, cette idée d’équilibre de « concurrence pure et parfaite » implique l’idée qu’il est possible et souhaitable d’avoir un marché d’unités suffisamment petites pour qu’aucune d’entre elles ne puisse agir ni sur les quantités, ni sur les prix.

Cela peut se réaliser ; il peut exister des mesures légales concrétisant cette volonté d’empêcher les grandes entreprises d’écraser les petites. L’une d’entre elles, la plus efficace serait de réaliser une des conditions de « la concurrence pure et parfaite » appelée l’information parfaite : elle consisterait à rendre obligatoire pour toutes les entreprises la publication de leur comptabilité analytique (et non seulement de leur comptabilité générale), cela reviendrait à rendre obligatoire la publication des sources de leurs profits et de leurs super profits. C’est certainement cet aspect-là du projet de loi qui pourra rencontrer le plus de résistance de la part de certains patrons. Il ne faut donc pas se cacher les difficultés politiques devant lesquelles on va se trouver.

Cela implique donc, la volonté forte, d’être capable de résister et cela implique qu’ait pu être rassemblé au préalable, un vaste mouvement décidé à aller le plus loin possible pour réduire le chômage, tout en maintenant l’économie de marché et en sauvegardant les équilibres écologiques.

La deuxième réalité à laquelle se heurtent les citoyens et les ouvriers en particulier, est le fait qu’à l’heure actuelle, les entreprises existantes risquent sans cesse, d’être démantelées par ceux qui devraient en être les défenseurs, à savoir leurs actionnaires. Ces derniers préfèrent souvent le niveau de rendement de leurs actions à la réalité concrète de l’existence de l’entrepris en tant qu’entité. Les exemples ne manquent pas, Florange est actuellement le plus marquant.

Face à cette réalité, une seule réponse est possible : Changer de droit, changer la loi. Il faut modifier les lois qui régissent les rapports internes aux entreprises ; il faut dissocier le pouvoir légitime des actionnaires sur leur revenu du pouvoir arbitraire qu’ils ont sur l’entreprise comme entité (sur les actifs concrets sur lesquels les salariés qui créent le quotidien de cette entrepris ont plus de droit moral).

Juridiquement, il faudrait donc créer, à côté du Conseil d’administration des entreprises qui continuerait à exprimer le pouvoir des actionnaires sur les revenus (en droit romain cela s’appelait le fructus), une autre instance juridique représentant les salariés (où ils seraient majoritaires) et tous ceux qui ont contribué à maintenir l’existence de l’entreprise, en particulier les collectivités locales. On pourrait nommer cette autre instance, le Conseil de Surveillance de l’entreprise car elle serait chargée de surveiller l’avenir de l’entreprise.

Et tout décision de déplacement de cette entreprise ou de vente de ses actifs, devrait passer par cette instance pour en obtenir l’autorisation.

Dans des circonstances normales, il ne devrait pas y avoir de conflit entre le conseil de surveillance et le conseil d’administration. Les actionnaires ont en effet, habituellement intérêt à ce que l’entreprise vive, existe et qu’elle fonctionne bien pour faire des profits. Donc, le conseil d’administration n’a pas de raison a priori, de s’opposer au conseil de surveillance. Si pourtant c’est le cas (on en voit des exemples actuels) des négociations pourraient s’instaurer entre les deux parties sur l’avenir de l’entreprise car, dans ce cadre plusieurs possibilités s’offriraient : l’entreprise peut être cédée en bloc à un repreneur qui est capable de la faire vivre ; autre possibilité, l’entreprise pourrait être cédée, en partie à ceux qui veulent l’acheter partiellement ou cédée à l’ensemble des salariés sous une forme coopérative.

Mais, il se peut que les actionnaires, propriétaires, refusent tout accord. C’est par exemple, le cas à Florange et, dans cette hypothèse, il semble que l’État puisse être amené à exercer son droit de réquisition : réquisition du personnel et réquisition des locaux et du site.

On voit donc la conclusion juridique que l’on peut tirer de ces états de fait : pour empêcher le démantèlement d’industries ou d’activités qui pourraient bien vivre normalement, dans une France protégée, il faut rendre le pouvoir juridique de décision sur la localisation, sur la propriété de l’entreprise à ceux qui en vivent au quotidien, c’est-à-dire aux salariés, et ne laisser à ceux qui n’en tirent qu’un revenu monétaire, c’est-à-dire les actionnaires, que le capital moyen correspondant, sans droit sur la propriété de l’entreprise elle-même.

Et, seules les voies keynésiennes et néoclassiques associées, permettront d’opérer la transition écologique

Un des problèmes majeurs contemporain est manifestement la destruction de nombreux équilibres écologiques. Mais, pour y faire face, de nombreuses mesures et investissements sont nécessaires. Ils coûtent relativement cher : la politique de rigueur les rend impossibles.

Or on a vu que l’un des aspects centraux des politiques keynésiennes était de réduire le chômage en créant et en injectant le pouvoir d’achat manquant. C’est cette injection de pouvoir d’achat qui ouvre énormément de possibilités. On en a vu certaines (stabilisation de l’économie, lutte contre la précarité, contre les inégalités économiques, etc) mais, on ne pense pas en général, aux aspects écologiques.

En effet, les domaines où il est nécessaire d’investir massivement dans un esprit écologique ne manquent pas. On le voit périodiquement, au cours des conférences consacrées à ces problèmes. C’est bien souvent en effet, les problèmes de financement des investissements qui bloquent les projets. Ces projets concernent presque tous les aspects de la société à venir, mais en particulier, ils concernent évidemment le changement de type d’énergie, le renouveau du ferroviaire, le développement de télécommunications, en particulier en milieu rural, et les changements nécessaires à une autre vision des villes. Pour ce qui est de l’énergie, les projets sont innombrables. Il s’agit de la géothermie, des éoliennes, de l’énergie marémotrice, des différentes formes de développement des énergies solaires, de toutes les formes d’énergies renouvelables et décentralisées.

En ce qui concerne les villes, deux impératifs apparaissent :

  • d’une part, les réorganiser de façon à créer plusieurs centres et mini-centres, pour éviter le fonctionnalisme urbain le plus marquant et éviter à la fois, une densification qui peut aboutir à la construction de tours, d’espaces trop tristes et en même temps la « banlieusardisation »,
  • d’autre part, réduire la taille des villes, grâce à des transferts d’activité vers des petits bourgs et des petites villes ou grâce à des ceintures vertes. Tout cela prendra du temps et sera assez coûteux. Il faut noter que parallèlement à cette volonté de modifier la structure des villes, il faut tout faire pour enrayer la croissance de la grande distribution en mettant en place une fiscalité proportionnelle progressivement à la surface occupée.

Un autre domaine extrêmement coûteux en termes d’investissements, sera le renouveau du ferroviaire. Ce renouveau a d’abord comme objectif de réduire le trafic routier et en particulier le trafic des poids lourds. Ce renouveau prendra plusieurs formes : l’extension d’un réseau ferroviaire réellement utilisable (qui a été considérablement réduit, passant de 45000 km en 1925 à 20000 actuellement). Il devra aussi s’accompagner d’une forte modernisation des équipements, c’est-à-dire, des wagons, des machines, des gares et des voies. L’électrification doit être non seulement poursuivie mais modifiée en de nombreux endroits. Il est aussi fondamental que le fret ferroviaire assure la reconquête du transport ferroviaire face au poids lourds routiers. Cela serait possible grâce à une modification des prix relatifs des différents types de transports. Ce projet de reconquête du transport ferroviaire a été abandonné par le désintérêt des responsables de la SNCF qui ont abandonné la volonté de maintenir ce trafic, en particulier dans le monde rural et dans les petites villes. Une des causes importantes a été le rejet de toute politique des « wagons isolés » pouvant faire partie d’un train de marchandises. Enfin, il faut dire que, par rapport à beaucoup de pays étrangers, Italie, Suède, etc, la France a semblé vouloir éviter ce qui a été un grand progrès technique dans le ferroviaire : la technique pendulaire, à la fois dans les petites lignes en milieu rural et le pendulaire de grande distance, alternatif aux grandes lignes, très chères (LGV, lignes à grande vitesse qui coûtent 10 fois plus qu’une simple rénovation compatible avec le pendulaire).

Abandonner le type d’économie politique qui nous enferme dans une impasse

D’après la presse et les hommes politiques dominants, nous n’aurions le choix qu’entre différentes formes de rigueur, rigueur de droite et rigueur de gauche, mais à l’intérieur de la même politique économique : celle qui nous a conduits jusqu’à présent, à ce risque d’effondrement des écosystèmes. Ils essayent de faire croire que pour réduire le chômage, la précarité, la misère et l’insécurité qui écrasent les peuples grecs, espagnols et bientôt français, il n’y aurait qu’une solution, qu’une seule issue, celle de la recherche de la plus forte croissance économique dans un univers libre échangiste et mondialisé, c’est-à-dire un univers de compétition féroce. Or nous venons de le voir, dans cet univers libre échangiste, la recherche de la croissance forte conduit à la rigueur et à la misère.

Au contraire, nous pensons qu’il est possible de faire converger deux voies apparemment différentes, qui représentent toutes deux, ensemble, une alternative à cette recherche de la croissance maximale.

Il apparaît donc nécessaire, maintenant de choisir entre les deux types radicalement opposés de politiques économiques envisageables :

- d’un côté, le type de politique qui, à la suite de la recherche d’une croissance économique forte, dans un monde libre échangiste et mondialisé, aboutit, en fait, aux politiques de désinflation compétitive, puis de rigueur de droite et de gauche, c’est-à-dire, le type de politique actuellement menée dans la plupart des pays européen et dont on voit les ravages particulièrement en Grèce, en Espagne et maintenant en France.

- à l’opposé de la direction de politique économique acceptant le cadre de la mondialisation libre échangiste et recherchant la croissance économique forte, peut exister une autre direction, au départ d’inspiration keynésienne, où la recherche de la croissance économique forte est remplacée par celle de la pleine utilisation des moyens de production existants, remplacée aussi, par la recherche de la création d’un pouvoir d’achat nécessaire pour réduire le chômage, puis complétée, dans la mesure du possible par les politiques d’inspiration, elles, néoclassiques tendant à réaliser un marché de petites unités, et donc en même temps à rendre possible un système de prix significatifs.

On voit donc, que derrière cette opposition entre deux types radicalement opposés de politiques économiques envisageables, se dessine une autre opposition, encore plus profonde et grave, une opposition entre deux modèles économiques idéaux, c’est-à-dire, une opposition entre deux modèles de sociétés.

Cette opposition est celle, entre, d’un côté un modèle de société et d’économie qui part de l’acceptation de la domination actuelle de l’économie sur la société, et donc de l’opposition entre le modèle qui, il y a déjà 35 ans, a décidé de donner la priorité à la lutte contre l’inflation par rapport à la lutte contre le chômage, c’est-à-dire, le modèle qui accepte de voir le chômage s’amplifier pour faire reculer l’inflation, le modèle basé sur l’acceptation du libre échange et de la mondialisation pour faire baisser les salaires, et donc sur l’acceptation du système productiviste, de ses grandes entreprises, le modèle incitant à l’hyper consommation, à la publicité et le marketing, c’est-à-dire, le modèle basé sur la recherche d’une croissance économique maximale qui, dans le cadre du libre échange et de la mondialisation, débouche automatiquement sur la primauté donnée à la recherche d’une compétitivité nationale maximale (et donc de la rigueur). Ce modèle est aussi caractérisé par le fait qu’il accepte et valorise n’importe quelle innovation, même si on peut la considérer comme socialement ou écologiquement dangereuse ; et même si elle augmente substantiellement le chômage. Il est favorable de même, à l’augmentation de n’importe quelle consommation en étant indifférent à la qualité des produits fabriqués.

De l’autre côté, existe donc un autre modèle de société et d’économie qui, lui, est basé sur la primauté des valeurs non économique, c’est-à-dire des valeurs humaines sur ces valeurs économiques.

C’est donc un modèle qui sur le plan économique, est plutôt d’inspiration keynésienne et néoclassique. Il est dirigé prioritairement au départ, vers la réduction du chômage. C’est donc un modèle basé sur l’existence d’un circuit national protégé où par exemple la publicité et le marketing peuvent être sévèrement réglementés et réduits. C’est aussi, un modèle basé, non sur la recherche de la croissance économique des moyens de production et de la compétitivité, mais sur la plein utilisation des moyens de production déjà existants, et où enfin, les innovations sont sévèrement surveillées et règlementées. Il a comme objectif d’assurer par l’instauration des règles permettant une économie de concurrence entre petites unités, la coexistence de l’efficacité avec la liberté, d’assurer aussi, n système de prix efficaces et utiles à tous, consommateurs comme producteurs. Politiquement, cette coexistence grâce au système de prix et à l’économie de marché de concurrence se différencie et s’oppose aux visions qui se prétendent libérales, mais où la liberté n’est que la liberté du renard dans le poulailler.

Précisons ce qu’implique le choix de ces deux voies convergentes, alternatives aux politiques de rigueur

Il faut donc être plus précis : ce projet d’alternative aux politiques actuelles libre échangistes de rigueur ne peut être que la synthèse entre ces deux voies, la voie d’inspiration keynésienne et la voie d’inspiration néoclassique. Il devra donc se décomposer en deux volets :

  • d’une part, un projet de politique d’inspiration keynésienne de création et d’injection de pouvoir d’achat,
  • d’autre part, une politique d’inspiration plus néoclassique, recherchant d’abord les équilibres microéconomiques, l’équilibre général, et donc l’optimum général (au sens de Pareto). Cette politique implique le maintien des conditions d’une concurrence véritable, c’est-à-dire d’une concurrence entre petites entreprises. Fondamentalement, au départ, l’égalité entre le poids des offreurs et le poids des demandeurs et les cinq conditions structurelles de la « concurrence pure et parfaite » (l’atomicité, la fluidité, l’homogénéité, la transparence et la liberté de circulation). On a vu plus haut que « l’information parfaite », permettrait de limiter les profits des unités qui tendent à devenir trop grosses et de maintenir par là les petites unités.

Ces deux voies conjuguées composent une alternative aux politiques actuelles de rigueur. Mais toutes deux supposent d’abandonner en même temps, la recherche d’une croissance économique maximale et d’abandonner aussi le cadre de la mondialisation libre échangiste. C’est sans doute pour cela que toutes deux sont aussi compatibles avec la recherche des équilibres écologiques, mais pas exactement par les mêmes facteurs :

- Pour la voie keynésienne, le plus important est en effet, le fait que les échanges keynésiens à l’intérieur d’un circuit sont évidemment beaucoup plus courts que les échanges dans une économie mondialisée. De plus, il faut rappeler que la solution keynésienne au chômage ne passe pas par une croissance économique forte mais par la simple utilisation à plein des facteurs de production déjà existants.

- Dans la voie néoclassique, les petites unités de production sont moins consommatrices d’énergie mais surtout, l’objectif n’est pas de maximiser la croissance économique et donc la consommation, mais de rechercher les équilibres, l’équilibre général, c’est-à-dire l’optimum général de Pareto qui est un optimum d’efficacité.

En bref, chacun de ces deux types opposés de politiques économiques a sa logique et son cadre approprié : la politique actuelle de rigueur est le résultat paradoxal de la recherche d’une croissance très forte dans le cadre du libre échange et de la mondialisation ; et c’est celui-ci qui, en nécessitant la politique de désinflation compétitive a exigé ces politiques de rigueur.

À l’opposé, une politique keynésienne semble un préalable à l’établissement des équilibres microéconomiques néoclassiques.

En effet une économie constituée essentiellement de petites entreprises, incapables d’agir ni sur les prix, ni sur les quantités, ne pourrait survivre à la compétition mondiale.

Une politique alternative, d’inspiration à la fois keynésienne et néoclassique, exigerait donc, d’abord, la restauration du cadre keynésien détruit il y a 35 ans. Il faut donc commencer par cela, et rétablir les éléments essentiels d’une telle politique :

  • une protection forte aux frontières (sous forme de taxe compensatoire)
  • la recréation d’une capacité de créer un pouvoir d’achat national
  • la volonté de faire circuler ce pouvoir d’achat dans un circuit économique national
  • une loi abrogeant la loi de janvier 1973 qui interdisait à la banque de France de prêter à l’État
  • la restauration d’une capacité étatique de contrôle des mouvements de capitaux.

Il faudrait de plus, continuer par mettre en place ce qui serait exigé par L’instauration des cadres nécessaires à une économie de petites entreprises.

Cette mise en place d’un cadre favorisant l’existence d’une économie de concurrence pure et parfaite (c’est-à-dire de petites unités) va exiger, elle, deux types supplémentaires de mesures :

  • d’une part, une fiscalité destinée à réduire les inégalités trop fortes entre entreprises et entre individus
  • et d’autre part, une loi ou des lois, visant à instaurer ce que les économistes professionnels ont appelé l’« information parfaite ».

Or en clair, cela suppose de rendre obligatoire la publication de la comptabilité analytique de chaque entreprise, c’est-à-dire de rendre obligatoire la publication des sources de leur profit et de leur superprofit. Mais, ces deux voies alternatives supposent d’abandonner en même temps, d’une part la recherche de la croissance maximale et, d’autre part le cadre de la mondialisation libre échangiste.

La voie keynésienne de création et d’injection de pouvoir d’achat dans une économie en circuit, serait la stricte négation des politiques économiques actuelles de rigueur.

Car ces politiques de rigueur sont basées d’une part, sur une idée répandue selon laquelle les Français et les Européens vivraient « au dessus de leurs moyens », c’est-à-dire sur l’ignorance de la pensée keynésienne, selon laquelle les moyens consistent essentiellement dans la production de richesses et selon laquelle, pour que cette production de richesse existe, il faut qu’il existe au préalable, une demande monétaire, c’est-à-dire un pouvoir d’achat et d’autre part, sur une croyance erronée selon lesquelles, pour sortir du chômage, il faudrait sortir de ce qui en est la cause : l’excès des coûts, qu’ils soient salariaux ou autres ; cela signifie qu’il faudrait d’abord réduire les déficits et les dettes (ceux-ci sont analysés simplement et uniquement comme des coûts supplémentaires).

En fait, c’est l’inverse, car ces déficits et ces dettes proviennent d’abord, pour nous, et pour les keynésiens, de l’importance du chômage ; vouloir réduire ces dettes supposerait de vouloir réduire d’abord le chômage qui, en tant que manque à gagner, en a été à l’origine. Pour réduire celui-ci, il ne faut pas craindre d’injecter du pouvoir d’achat et de s’endetter.

Ces deux voies (keynésiennes et néoclassiques), potentiellement convergentes, ont un avantage énorme : elles sont toutes deux, compatibles avec la recherche des équilibres écologiques, alors que la voie de la recherche d’une croissance forte dans une économie libre échangiste mondialisé ne l’est pas. C’est elle, en effet, comme nous l’avons dit au début, qui est à l’origine des risques actuels de rupture des écosystèmes évoquée par la revue Nature, d’août 2012

Conclusion

La conclusion est donc à la fois claire et s’impose de façon urgente : il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour que puissent exister et converger ces deux voies.

Les politiques keynésiennes présentent l’avantage d’accroître énormément les possibilités d’action des pouvoirs publics. Jusqu’à présent, et surtout en ce moment, ces possibilités semblent avoir été très réduites. On l’a vu récemment, dans la conférence Grenelle II, sur l’avenir écologique de la France. Tout semble bloqué par des problèmes financiers. La politique keynésienne permettrait d’inverser ce point de vue ; cela signifie concrètement que beaucoup d’investissements seront rendus possibles, en particulier les investissements écologiques ; cela signifie qu’il est possible d’envisager, non seulement le retour des grands investissements productifs, mais de plus, une quantité innombrable de petits investissements qui additionnés permettront de relever la demande globale. Car, dans le cadre actuel où seul ce qui est gros et grand, semble susceptible d’être pris en compte, où donc, seul ce qui est appelé les « Grands travaux » est digne d’être projeté dans l’avenir, il nous semble nécessaire de réagir et d’affirmer que ce dont nous avons besoin est beaucoup plus une multitude de petits investissements que la réalisation de grands investissements qui correspondent moins aux besoins actuels. En résumé, cette politique keynésienne permettra de financer les investissements d’une façon générale, mais plus particulièrement les investissements de type écologique et permettra de préférer une multitude de petits investissements aux grands travaux prévus, inutiles ou dangereux comme le Grand Paris ou les TGV.

Cette possibilité offerte par les politiques keynésiennes de développer les investissements qu’ils soient écologiques ou non, constitue donc, le troisième aspect fondamental des politiques économiques que nous préconisons.

Ainsi, la conclusion générale est simple : il est possible et éminemment souhaitable de rechercher en même temps les objectifs écologiques (dont la réalisation est en danger selon la revue Nature), les objectifs sociaux comme la réduction du chômage, de la misère, et les objectifs économiques structurels et les objectifs économique conjoncturels dont on voit l’urgence en Grèce, en Espagne, etc.

Il est donc possible de rechercher conjointement des objectifs structurels comme le maintien d’une économie de marché, le développement d’une économie de petites entreprises et des objectifs sociaux de lutte contre la misère, tout en préservant les équilibres écologiques.

[1] « The normative bias of Walrasian model : Walras versus Gossen » - Quaterly Journal of Economics, août 1977, William Jaffé.

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