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Publié par François Degans

Il faut déclarer la guerre à la mondialisation économique !

Texte d’appel à faire signer

Cette déclaration peut paraître à certains, abrupte et prétentieuse ! Pour beaucoup, en effet, la mondialisation économique est un phénomène parmi d’autres, comme les orages, ou la marche des étoiles. Or ce n’est pas du tout le cas, la mondialisation est un phénomène humain, donc daté et réversible.

La mondialisation économique est loin d’avoir été la simple conséquence d’une évolution économique et historique continue, est loin d’avoir été un phénomène multiséculaire ; et si nous considérons qu’il peut être normal et nécessaire de s’attaquer à elle, c’est parce qu’elle a été un phénomène ponctuel, voulu, conscient. Elle a été aussi le résultat du passage d’un seuil prévisible dans l’accroissement du taux de dépendance[1] économique d’un pays. De plus, ce phénomène a été organisé par une classe politique d’échelle internationale.

Paradoxalement, ce ne sont pas les pays apparemment les plus en pointe pour défendre la mondialisation économique qui l’ont expérimenté les premiers. Au contraire ! Ainsi, Les États-Unis sont plutôt « en retard » ; ce seuil de mondialisation, ils ne l’ont peut-être pas encore vraiment franchi, mais, ils n’en sont pas loin. La montée du chômage, chez eux, en est le témoignage : il se développe rapidement, tout en n’ayant pas encore atteint le taux de 20% existant en Espagne. Prudemment, le Japon est revenu déjà en arrière dans l’accroissement de ce taux. Ce seuil, la France, avec la plupart des pays européens, l’avait déjà franchi à la fin des années 1970 et le début des années 1980.

Ce passage de seuil a été en fait, une décision calculée. Ces hommes politiques n’ont pas pris cette décision par hasard ; ils l’ont pesée. Ils n’étaient ni des imbéciles, ni des salauds, mais de simples hommes politiques conscients et organisés, enfermés dans ce système productiviste ; de simples hommes politiques qui ont décidé, sans demander l’avis de leurs concitoyens, de prendre une nouvelle direction. Celle-ci consistait pour l’essentiel à décider de donner la préférence à la lutte contre l’inflation par rapport à la lutte contre le chômage et pour cela, de faire baisser les salaires et le pouvoir d’achat, en ouvrant les frontières sans limites.

On peut dire, en effet, que la mondialisation économique a été certainement le phénomène le plus au cœur des problèmes vécus par nos concitoyens. Si elle est au cœur, cela ne veut pas dire que ce phénomène permet d’expliquer à lui seul plus de réalités que d’autres, mais que, par contre, il a contribué plus que d’autres, à institutionnaliser et, à figer les réalités dans lesquelles nous nous trouvions.

Certains ont essayé de distinguer différentes formes de conséquences selon que la mondialisation économique aurait été ou non libérale, aurait été socialiste ou libérale. C’est une illusion : la mondialisation économique a et aura toujours les mêmes conséquences.

En effet, que la mondialisation ait pris la forme socialiste ou libérale, elle aura approximativement les mêmes effets :

- à travers l’ouverture sans limite des échanges, elle aura développé d’abord le chômage de masse, résultat d’un choix gouvernemental volontaire et conscient de la fin des années 1970, sous le gouvernement de Raymond Barre et confirmé par les politiques des gouvernements socialistes du début des années 1980,

- elle aura éloigné les producteurs des consommateurs, et aura contribué donc à augmenter les transports et à faire consommer toujours plus d’énergie ; en conséquence, elle aura participé à l’accroissement des diverses pollutions,

- elle aura favorisé de ce fait le développement des différentes formes de concentrations : industrielle, urbaine, énergétique, le développement de la « bétonnisation » et la destruction de la nature,

- elle aura donc accentué, et ce n’est pas son moindre danger, les déséquilibres entre le monde urbain et le monde rural ; ce déséquilibre très grave pour le visage de la France et la vie quotidienne des Français a été en permanence renforcé par la dénégation tranquille que lui opposèrent les hommes politiques.

- elle aura en même temps favorisé la mobilité, le déracinement, les pertes d’identité,

- et enfin, d’une façon globale, elle aura participé lourdement à l’uniformisation planétaire des techniques et des formes de production par imposition de ces techniques à l’ensemble des peuples du sud, par là même, elle aura été l’instrument privilégié de la domination des peuples du Nord sur les peuples du Sud.

Connaître ces différentes conséquences suffit, pensons-nous, à justifier largement notre déclaration.

C’est donc essentiellement contre ces phénomènes que nous appelons à nous élever et à lutter. Pour cela, deux directions principales doivent d’abord, dominer : d’une part, redonner à la volonté de réduire le chômage, la primauté par rapport à la volonté de lutter contre l’inflation, et, d’autre part, la volonté de lutter énergiquement contre le libre échange absolu. Ces deux directions seraient sans doute, le meilleur moyen de lutter, dès aujourd’hui, contre ces phénomènes. L’avantage de s’en prendre prioritairement à ces deux axes est que, sur ces points, il est possible d’agir dès maintenant. Ce sont en effet, des préalables.

On comprend facilement, à la lecture de cette suite de conséquences de la mondialisation, l’importance que celle-ci a pu prendre dans la vie quotidienne des Français, en particulier dans le développement d’un chômage de masse. Or on sait que cette mondialisation économique n’a pu être atteinte qu’au bout d’un certain temps. On sait que des mécanismes beaucoup plus lourds et profonds l’ont préparée : ceux du « système productiviste » - héritier du « système capitaliste » - et des concentrations qui lui sont associées (à l’origine du déséquilibre urbain/rural).

C’est donc l’ensemble de ces phénomènes - système productiviste, mondialisation économique, concentrations, déséquilibre urbain/rural - qu’il faut essayer d’ébranler.

Mais, ne nous trompons pas ! Bien que le productivisme, la mondialisation économique ou les phénomènes de concentrations puissent apparaître séparément, de façon multiple et désordonnée, ceux-ci relèvent d’une seule et même logique, d’une seule et même orientation collective. Cette orientation est inspirée par la domination des exigences économiques du système productiviste, et par celles de l’économie internationale. Elle contient la volonté de créer un cadre qui oblige à accepter que ces forces économiques mondiales aient la primauté chez nous sur la volonté des citoyens.

Dès lors, nous pouvons comprendre qu’il n’y a au fond qu’une seule lutte : la lutte pour que les Français retrouvent la maîtrise de leur avenir et tout simplement la maîtrise de leur vie !

Si nous le voulons collectivement, cette maîtrise de l’avenir peut être retrouvée très rapidement :

- grâce à des mesures instaurant un protectionnisme écologique et solidaire, dont en particulier, des montants compensatoires ou des quotas aux frontières.

- la création, au sein des entreprises et à côté des conseils d’administrations, de conseils de surveillance constitué majoritairement de représentants des salariés et de représentants de l’Etat et des collectivités locales, chargés d’organiser les actifs de l’entreprise de façon à les protéger contre les volontés de délocalisation ou d’éclatement, etc…

Grâce à ces mesures de protections aux frontières, en particulier grâce aux prélèvements compensatoires, les sommes récoltées pourraient servir à alimenter un « fonds » de réorganisation des économies. Ce fonds pourrait être utilisé à la réalisation des deux objectifs principaux : d’une part, la relocalisation dans chaque territoire des activités économiques, et d’autre part, l’aide solidaire à l’autonomie économique des pays les plus pauvres. Il pourrait s’intituler « fonds de relocalisation économique et de solidarité ».

Ce sont quelques-unes des mesures incontournables si l’on veut faire coïncider le plein emploi, les progrès sociaux, avec la préservation des ressources naturelles, non seulement chez nous, mais aussi ailleurs dans le monde.

Ce qui est curieux, c’est que cette volonté ne fasse pas l’unanimité parmi les hommes politiques. Si apparemment, elle ne fait pas toujours l’unanimité, c’est bien parce que les uns ou les autres invoquent des moyens qui sont très lourds à modifier, car les objectifs que nous avons cités apparaissent bien comme les fins d’une société dans laquelle les citoyens seraient les maîtres.

On a ainsi, le sentiment que plus le temps va, plus c’est la croissance des moyens matériels, et la croissance des moyens en général, eux-mêmes, qui l’emporte sur la réalisation des objectifs. C’est peut-être à cause de cela que l’enjeu réel et unique est devenu en réalité : faire en sorte que les Français retrouvent la maîtrise de leur avenir, en cessant de donner la priorité à la croissance des moyens sur la réalisation des fins.

Devant ces conclusions, certains, ceux qui n’ont pas encore tout compris de la signification de ce texte se demanderont : et l’écologie dans tout ça ? La réponse est simple : ce combat essentiel pour la maîtrise par les citoyens n’est pas un combat qui s’ajouterait aux combats se disant « écologistes ». C’est en fait, le combat même de la véritable écologie politique indépendante, celle qui veut s’attaquer aux causes profondes, aux causes sociales des dégradations écologiques actuelles. Peut-être est-ce parce que, tout simplement, le combat de cette écologie politique indépendante est devenu le combat de tous les citoyens.

C’est pourquoi, il ne nous paraissait pas absolument utile de rappeler l’évidence ; c’est cela qui doit, actuellement, être le combat écologiste principal.

Ce manifeste est un cri pour arrêter ces évolutions négatives, et en même temps un appel pour construire une autre France, une autre société. L’aspect purement négatif ne peut être regretté : la situation actuelle ne peut continuer. En soutenant ce texte, les signataires voudront ainsi manifester deux sentiments, deux volontés : d’un côté, leur refus de ces évolutions productivistes, de l’autre leur accord pour qu’au-delà des mouvements politiques et des sensibilités existantes, une volonté d’entente entre citoyens se développe.

La réticence manifeste des mouvements politiques d’évoquer ces enjeux et entre autres, d’évoquer le problème de la mondialisation et la réticence réciproque des citoyens vis-à-vis de ces mouvements politiques ne doivent pas freiner l’existence de cet accord possible entre individus.

Mais, pour qu’ils soient pris réellement en considération, ces sentiments doivent actuellement être exprimés « en commun ». Pour les signataires de ce texte, il apparaît que cette volonté doit présenter un aspect collectif, c’est-à-dire, politique, même si l’on ignore encore les formes futures qu’elle prendra. Le principal est que cette volonté se prolonge d’une façon ou d’une autre.

La guerre à la mondialisation est en effet, une urgence collective ! À chacun maintenant, s’il se sent concerné, de signer ce manifeste, ou de se déclarer publiquement en accord avec lui, et d’agir où qu’il soit, en fonction de ses moyens.

[1] Le taux de dépendance (ou taux d’ouverture) d’un pays mesure la part du commerce extérieur dans l’activité économique de ce pays. Il se calcule ainsi : (Importations+ Exportations)/2 /PIB. On peut penser que la France a franchi le seuil de mondialisation économique autour d’un taux de dépendance se situant entre 15 et 20% à la fin des années 1970.

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